14.07.2006
Je ne regretterai pas l'état d'esprit de Zidane
Il n'est pas d'usage de critiquer Zinedine Zidane dont on a tant louer les qualités d'homme. Pourtant il me reste un sentiment de malaise et de tristesse après le geste du joueur mais peut être plus encore pour ses déclarations sur la chaine cryptée. Comment peut on à la fois qualifier son geste d'impardonnable, présenter ses excuses aux enfants et educateurs et en même temps ne pas regretter et sous entendre qu'il agirait de même si c'etait à refaire? Tout ça parce que sinon "Materazzi aurait eu raison de dire ce qu'il a dit"... Mais n'a t il pas dejà eu raison l'Italien justement à cause de la réaction du Français ? Il a provoqué l'expulsion pour les 10 dernieres minutes du meilleur joueurs du camp d'en face et destabilisé une équipe qui avait besoin justement de serénité pour aborder les tirs au but qui se jouent surtout dans la tête. Et c'est bien ce même Materazzi qui a soulevé la Coupe sauf erreur de ma part. Zidane risque de donner la vocation à bien des provocateurs puisque ça marche si bien ! On aurait tellement aimé un Zidane regrettant, expliquant à tous les enfants qui l'écoutaient qu'en foot on répond à des propos qui honorent aussi peu leur auteur par une motivation décuplée pour gagner le match et faire pleurer l'adversaire plutôt qu'en le frappant et une 1/2 heure après voir sa propre équipe inconsolable. Si Zidane ne "regrette pas", nous serons nombreux à regretter le formidable joueur mais pas son état d'esprit.
Ne me dites pas que ZIDANE n'a jamais insulté un adversaire
Zidane mal placé en chevalier blanc
Michel Ponche
80610 Saint-Ouen
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Malaise
Mercredi soir, j’ai ressenti un curieux malaise, un indistinct sentiment de gêne par rapport au consensus manifeste décrété par tous (le cœur et l’estomac devaient être bien accrochés pour avaler la soupe à peine tiède de Denisot et Chazal). Derrière quelques questions faussement insistantes, l’objectif unique transparaissait clairement : il fallait afficher l’humanité, toute l’humanité, rien que l’humanité d’un être unique, au moyen d’une désacralisation qui le rendait paradoxalement plus grand encore, également plus proche de tous car plus semblable à chacun. Ce n’était plus Zinedine Zidane qui parlait mais Zizou, miroir de chacun de nous, cherchant une magnanimité acquise d’avance, tant il est vrai qu’on pardonne aisément à soi-même. Des excuses, pas de regrets, des journalistes compatissants, pour ne pas dire complaisants, et parlant bas comme il sied à tout enterrement panthéonisé, bref, hier soir, c’était opération contre-feu à tous les étages. Eh bien non, je ne suis pas d’accord avec le discours politiquement correct de notre Zidane national. Je ne suis pas d’accord avec cette grand’messe manifestement organisée pour désamorcer toute voix dissidente par le biais d’une entreprise de culpabilisation (honte à ceux, qui après une telle repentance, serait encore enclins à chercher querelle à Zidane !). Et pourtant, le « Je m’excuse pour les enfants… » pour acte de contrition qu’il soit, donc toujours louable, est en l’occurrence totalement déplacé puisqu’il est acquis que les enfants voient tous les jours une violence autrement plus dure à supporter. Parfois, et c’est même très fréquent dans certaines parties du monde, ils la subissent aussi. Très franchement, compte tenu des dures réalités de la vie, il est peu probable que les enfants du monde aient été traumatisés par un coup de tête zidanien ou que leur comportement futur sur un terrain de sport en soit influencé de quelque manière que ce soit. Ces excuses sont également très insuffisantes. Il ne s’agit pas de bruler ce que l’on a tant aimé : Zinédine Zidane est un des plus grands joueurs de football de tous les temps et sa virtuosité balle au pied n’a pas fini d’émerveiller des générations futures de joueurs. Personne ne doute non plus de son engagement humaniste, de sa pudeur et de ses qualités humaines en général. Zidane est le roi du foot et son royaume est infini ! Mais une fois que l’on a dit ça, il est nécessaire de rappeler que les petits (ceux qui ne gagnent pas des salaires exorbitants), les citoyens ordinaires, et parmi eux beaucoup de gens en difficulté, subissent au quotidien des insultes, des brimades, des pressions qui n’ont rien à envier à celle infligées à Zidane. Simplement, eux n’ont aucun moyen de se rebeller (et ceux qui le font en subissent les conséquences) et n’ont surtout personne pour leur pardonner. Ce sont d’ailleurs souvent les mêmes qui viennent chercher dans les matchs de football et plus particulièrement à l’occasion d’une coupe du monde, un rêve de fierté, de grandeur et de puissance. Des sentiments pas forcément parmi les plus nobles mais si profondément humains… Alors moi j’ai des regrets, comme sans doute des centaines de milliers de vrais supporters de l’équipe de France, comme sans doute aussi certains joueurs de cette même équipe qui pourtant, on peut en être certain, ne diront rien. Qui d’ailleurs laissera parler les déçus, tout ceux qui aujourd’hui, demain et pour longtemps encore seront inconsolables. Pas les instituts de sondage en tout cas, qui nous prouvaient dès le lendemain que tout était pardonné (les chiffres ont par ailleurs amusants puisqu’il ressortait que de 2 à 30% des gens interrogés pardonnaient sans comprendre). Mais qui ont-ils interrogés vraiment ? Les supporters en larmes errant dans les rues ? Soyons sérieux, la méthode des quotas à ses limites quand la structure sociologique même d’une nation toute entière est considérablement modifiée par l’émotion d’un instant. Pas plus les journalistes de télévision, qui, dans leur sagesse infinie soutenue par quelques mouvements lents des paupières, ont clairement signifié mercredi que la page était tournée et qu’il serait par conséquent outrancier et indécent d’insister. Cette coupe du monde, on l’a probablement perdue sur ce coup de tête insensé intervenu au plus fort de la domination française. Et ce coup étrangement, j’ai du le recevoir aussi parce que c’est bien dans la poitrine que je ressens de la douleur. Alors non, définitivement, Monsieur Zidane avec tout le respect que je dois au joueur immense que vous êtes et à l’homme blessé par la bêtise ou la méchanceté d’un type dont je n’ai même pas envie d’écrire le nom, je vous le dis fermement et du fond du cœur, c’est à tous ceux qui ont vraiment souffert, c'est-à-dire nous, que vous deviez présenter des excuses.
Marc Madrias
75012 Paris

